Joanna Lorho

La Volga, la mélancolie, et le baume

Décembre 2016

Poster un commentaire

J’embarquais pour 10 jours de croisière sur la Volga. Un festival dont je rêvais depuis longtemps, un truc qui ne se refuse pas...
Dès le début, il FALLAIT se réjouir, trouver ça excitant... mais c’est comme si je partais incomplète, en désordre, j’étais pas prête. J’avais l’impression que j’allais devoir "prétendre", ce film, c’est déjà derrière, trop loin. Et puis je laissais ma fille, beaucoup trop petite et pour laquelle j’étais morte d’inquiétude.
Dans les embouteillages autour de Moscou je chialais en silence, en regardant à travers les vitres la pluie ruisseler et les gros building gris et austères.
Ca coulait, incontrôlable.
La culpabilité. La peur. La fatigue. Aussi, je prenais enfin un peu de recul sur les derniers mois...

Et puis au milieu de tous ces réalisateurs qui avaient l’air de se connaître plus ou moins…je débarquais.
Ce truc pas très agréable où personne ne te connais, ni ne situe ton boulot. Normal.
Avant ? Qu’est-ce que j’ai fait avant ? J’ai mis entre parenthèse un boulot déjà tellement lent.
Et maintenant ? Bah je m’inquiète, le cul assis entre deux chaises.
Impossible de faire le net entre la jeune, enfin plus très jeune artiste que je suis encore et la mère que je suis devenue.
C’est pas mon film qui m’a m’aidé. C’est vrai ça m’aurait plu, et surtout rassuré qu’il soit un peu considéré.
Deux mois plus tard je recevrais un mail enthousiaste d’un réalisateur "eh c’est toi en fait qui a fait ce film, j’ai des images sur mon bureau depuis des mois !".

L’entre-deux je le trouvais dans la solitude de ma cabine quand parfois je sautais une séance de visionnage pour essayer de me reposer et que j’écoutais toujours le même disque qui me faisait un bien fou.
La bande son parfaite, les berges de la Volga en automne, la brume, ces feuilles jaunies qui vibraient sous un soleil bas, la mélancolie, la gueule de bois, les crépuscules, cet immense paquebot de métal… et une pensée pour la vie que j’avais eu jusqu’à présent à me demander mais bordel qu’est-ce que j’ai foutu ?
Et puis fermer les yeux et laisser tout ça se flouter. Me reposer. Être là, nulle part.

J’adore ce disque.

pas encore de commentaire