Joanna Lorho

Un dimanche chez les séniors

29 novembre

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Quelques dessins tirés de deux planches de BD "documentaires" faites en collaboration avec la journaliste Nathalie Caprioli pour le journal MICMAG qui sortira fin décembre. Un regard sur la vieillesse dans la diversité bruxelloise.




LOON PLAGE

14 septembre

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Voilà de quoi fut fait mon été, bercée par le très beau morceau "Loon-plage" de Françoiz Breut. Je ne m’en lasse pas, c’est dire.
2000 dessins plus tard, et des heures que je n’oserai compter en tête à tête avec mon ordi (8 ans et 4 films, il assure le vieux...), voici le clip !

Fantoche

10 septembre

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Nouvelle collaboration cet été avec l’illustratrice Fanny Dreyer, après le clip "L’amour argent" pour Pony DS en 2014, on a travaillé ensemble sur une petite animation pour Fantoche, le Festival International du film d’animation de Baden qui a lieu début septembre.
C’était aussi l’occasion de composer une petite musique sans passer par le piano et c’était plutôt rigolo.

23:32

3 septembre

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Le soleil et la douceur du tissus

24 août

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Je connais les sensations de la plage par coeur. Je suis bretonne, je ne suis jamais partie en vacances, les vacances chez nous, c’était la plage, tous les jours. Je connais la plage des jours maussades, et la plage sous un soleil brûlant, je connais les mers d’huile et les rouleaux puissants, je connais les plages bondées et les plages désertes, le sable sec, le sable mouillé, le sable qui devient humide à mesure que tu fouilles avec ta main. Le sable gorgé d’eau qui finit par engloutir tes pieds, et la mer qui vient lécher tes chevilles. J’ai encore dans le nez les odeurs d’ambre solaire, de mégots refroidis exhumés alors que tu creuses avec ta pelle en plastique, l’odeur du plastique chaud, des beignets à la framboise, et celle sous les parasols, mélange de moisi et de synthétique chaud.
La madeleine qui crisse sous la dent et ta mère qui te tartine de crème en t’exfoliant au passage, le vêtement qui colle à tes jambes humides au moment de partir, et ce sable qui vient irriter une ultime fois ta peau qui s’est pris soleil, sel, mer, soleil, sel mer… Un jour j’ai dit « maman, je voudrais des plages en bitume ».

Mais les plus gros désaccords ont porté sur les vêtements. Dans les années 80 on laissait encore cramer les petits au soleil, ma mère a vaguement essayé d’instaurer les tee-shirts et le chapeau pour protéger nos peaux laiteuses…mais aller se baigner habillé, c’était la punition. Lasse de trouver ça en tas au bord de l’eau, voire flottant dans la marée montante, elle a laissé tomber. Mauvais exemple qu’elle était de toutes façons, à se paner seins nus en plein soleil.

Je portais donc des petits maillots de bain bouffants, à fleurs, avec des petits noeuds. Le genre de chose que seules les mamans trouvent mignon. Toi tu exècres ce truc qui quitte tes fesses à chaque fois que tu plonges et qui par contre retient la moitié de la mer dans son tissus chaque fois que tu sors de l’eau. Je me rappelle l’humiliation cuisante par deux garçons (que j’aimais en secret évidemment) qui m’avaient tapé le cul en faisant jaillir la flotte coincée dans mon slip.

À 7 ans, à moitié motivée par le besoin de montrer que je grandissais, mais surtout par pudeur, j’ai réclamé un maillot une pièce. Celui qui couvre le ventre et les seins. Ma mère m’a dit « boh, t’as rien à cacher ! ». De fait, je n’avais pas l’once d’un début de poitrine, si c’est ça dont elle voulait parler, (ça allait encore durer 10 ans), mais j’avais pris conscience que j’avais du ventre (Ca aussi ça allait encore durer 10 ans). Et puis, j’en avais vu un qui me plaisait beaucoup, bleu, avec un message blanc, un truc avec « sun » ou « beach »…

À peine négocié cette nouvelle surface, surgit la pré-adolescence et la mode des bikinis. Sur la côte sud de la Bretagne tout du moins. D’abord sur des jeunes femmes bien gaulées, et puis sur les plus vieilles, puis les vieilles, et puis…les enfants. (Sauf ma mère, toujours seins nus, le maillot roulé sur la taille.)
Et donc, je réclame un bikini. C’est pas que ça me plaît, c’est que c’est comme ça, mes copines commencent à porter des bikinis, j’ai pas envie d’avoir l’air d’un bébé en portant un maillot une pièce, celui qui, pourtant était quelques temps plus tôt, le vêtement portés…par les femmes justement. Bref. De toutes façons, je ne me trouve vraiment pas très jolie en maillot une pièce et donc en bikini ça sera forcément mieux parce qu’on a vu que les filles en bikinis, c’est des bombes. Ma mère me dit « T’en mettras un quand tu auras des seins ». Argument totalement inacceptable parce que je vois bien que ça ne va pas venir comme ça en une semaine (j’aimerai bien), et l’été, au mieux, ça dure deux mois, donc il y a désaccord. Total. Heureusement, mes copines me passent leurs bikinis trop petits, et tout ça me rapproche du jour où j’aurai des seins. Je ne raconte pas toutes les fois où j’ai exhibé malgré moi deux triangles blancs crème pointé de tétons en sortant de l’eau, le maillot que rien ne retient remonté jusque sous la gorge, et son inverse valable pour toute tentative de plongeon. Non je n’étais pas très heureuse en bikini, mais bon, pourquoi commencer à remettre en question un truc que j’avais si ardemment obtenu ?

À la porte vient toquer l’adolescence, j’avais prévu qu’elle me transformerait en sirène bien gaulée et super bronzée. Bon. Je vois le truc arriver, à priori c’est pas tout à fait ça.
Derrière la porte, il y a aussi les mecs. On ne va plus à la plage pour nager, ou enterrer son petit cousin. On ne va définitivement plus à la plage avec sa mère non plus.
On est au lycée et là, ma copine, la blonde à grosse poitrine dit « eh, et si on allait tous se baigner à la cale ? » les copains font « Oh ouais !! », toi, tu penses à ton bide, tes poils, ta peau blanche et pleine de bleus, et tu ne préfèrerai pas que Johnny, que tu reluques depuis ta seconde B, te voie là tout de suite comme ça. En fait t’as d’autres atouts tu penses, mais ça ne se joue pas sur la plage. Bref.
C’est la merde. J’aimerais bien me désaper nonchalamment et courir au milieu des mecs en caleçons jusqu’à la mer mais putain, je suis ULTRA complexée, impossible. Je me met le cul sur une serviette et je roule une cigarette.

Après ça je suis partie faire des études, je n’ai plus jamais pris un coup de soleil de ma vie.
Même aujourd’hui où je me sens tout à fait apte à montrer un certain pourcentage de mon corps en public sans ressentir trop de complexes, (vieillissante, je suis capable de faire le bilan de ce que je n’aurai pas eu, et bon c’est pas bien grave), je continue de trouver dans les maillots de bains en général un sentiment d’inconfort certain. A-t-on beaucoup d’alternatives ?

En y pensant, j’en avais trouvé une.
Les meilleures sensations sont celles que j’avais en me couvrant de ma serviette de plage, pour me sécher, pour me protéger du vent, ou du soleil. Pour me reposer aussi d’exposer mon corps. Être enveloppée m’apportait un sentiment de sécurité.

Ce n’est pas pour rien que dans « Echos », après avoir « manqué de me noyer », je me dessine enveloppée des pieds à la tête.
Ce que j’aimais par dessus tout gamine, c’était m’envelopper dans un paréo de ma mère, un tissus léger qui ne donnait pas chaud mais qui protégeait de la morsure du soleil. Et puis ça sentait bon ma mère.
Je me sentais super bien dans ce tissus doux, allongée sur la sable chauffé, je pouvais rabattre le tissus pour protéger mes yeux. Je prenais une pause à travers tous ces corps, tous ces gens, tous ces bruits. (L’autre alternative était d’aller s’immerger dans la mer, mais je me suis déjà largement étalée sur le sujet je pense.)

Chaque jour en sortant de ma douche, je refais ce geste, je m’enveloppe.
Et si je me baigne sur la côte je le fais, toujours. Je me couvre parce que c’est la sensation que je préfère. Et je suis en train de transmettre ce plaisir à mes enfants.




Payne @ musique(s) de cour

25 juillet

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Ce week-end P A Y N E jouait en duo dans une petite cour bruxelloise verdoyante.
Le projet accueille chaque mois (pendant les mois cléments) un musicien ou un projet différent, et une trentaine de paire d’oreilles particulièrement attentives.
Très chouette.
Quelques photos ©fabonthemoon

Portrait par Anne-Lise Remacle

25 juillet

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SOURCE : musiquesdecour.tumblr.com

Joanna Lorho illustre. Récemment, pour le sensible et collectif ‘Échos’ publié à l’Employé du Moi, elle faisait ressurgir l’enfance dans les entrailles d’un poisson qu’on découpe, dans les traits d’une grand-mère désireuse de transmettre les beaux gestes.

Joanna Lorho anime. Dans son court-métrage Kijé, qui a mené son bout de chemin en festivals, un homme esseulé de la ville se laisse happer toute une nuit par une cohorte de personnages et leurs insolites rituels. C’est déjà sa propre musique qui crée les échos.

Joanna joue du piano et chante. Petite, elle ne s’est pas laissé démonter par un tyran à moustache peu conscient de sa passion naissante pour les touches noires et blanches. Elle s’est accrochée au « feuilleté du piano », est passée par le Conservatoire. A mis un temps son envie de jouer et chanter en tiroir avant de l’apprivoiser patiemment et de la faire à nouveau scintiller.

Joanna Lorho fait liant de toutes ses pratiques : dans chacun de ces champs des possibles, ses esquisses fines sont autant de brèches d’intimité. De murmures feutrés, en infimes nuances grises, graphite et tempo, à ton lobe.

Celle qui a atteint en 2014 la finale du Concours Circuit sous le nom « Forest Bath » (en trio, avec Stéphane Daubersy et Corentin Dellicour au violoncelle) glisse aujourd’hui Payne dans vos bagages. Un projet qui – comme son nom sibyllin – dit les petites brûlures, offre une portion de son âme et de la tienne à la mélancolie, s’inscrit dans le sillage de ces interprètes qui, comme Antony and the Johnsons ou Joanna Newsom, se laissent enfouir à demi dans la brume du tragique pour faire luire autre chose, gracile et puissant à la fois. S’emparent parfois d’autrefois pour faire davantage résonner aujourd’hui.

Anne-Lise Remacle - juillet 2016