Joanna Lorho

Le chantier

4 janvier

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Le premier janvier je me suis levée après 4h de sommeil et ça tanguait pas mal, il y avait des enfants autour de moi qui pétaient la forme. Quand ils sont venus me dire qu’ils avaient faim le temps c’était pas mal contracté dans mon esprit brumeux parce que ça faisait pas loin de 2h qu’on était tous debout. J’ai essayé de faire des pancakes mais il a fallu s’y reprendre quelque fois.
Le lendemain je passais 11h sur un chantier de ce qui devrait finir par être notre maison. J’ai pris quelques minutes pour rêver dans cette pièce où j’ai prévu de rassembler mon bureau, le piano, les machines, les bouquins, mes cours et quelques plantes vertes.

Est-ce que rassembler mes activités dans un même endroit, va m’aider à me rassembler moi ?

J’ai toujours trop de boulot, et tout se bouscule tout le temps pour produire des choses difficilement observables. Je me dis que ces derniers mois, mon fils de 4 ans a certainement plus dessiné que moi. Je pense à mes films pas ou peu diffusés, en chantier, au retard que j’accumule, à mon disque dans des caisses, à mes projets avortés ou qui croupissent en attendant je ne sais quel jour meilleur. Au fait qu’on me sollicite rarement. J’essaie de lutter contre l’idée que je commence à être trop vieille pour vraiment penser pouvoir encore produire quelque chose qui dépassera le stade de la confidentialité, et si c’est pas l’âge, ce sera ma propension à mener trop de choses à la fois.
Comme si j’étais plusieurs, dédoublées et fantomatiques, désassemblées, éparpillées, qu’il faudrait remettre sur la même longueur d’onde, ré-harmoniser.
Ca me rend triste parfois.

Mais c’est largement compensé par le fait que chaque jour je fais une série de choses qui me procurent du plaisir, jouer, chanter, écrire, animer, dessiner, lire, parler, ou même décaper, construire. J’enseigne et c’est un boulot que j’adore, même si une fois de plus, je n’y fais pas la moitié de ce que je voudrais. J’ai des enfants qui me font marrer, une famille et des amis.
C’est largement compensé par le fait que j’ai un sentiment assez doux qui m’avait quitté depuis un moment, une fréquence basse qui me rend plus tranquille, qui me stabilise. Je suis plutôt heureuse ces temps-ci.
Chaque jour je me dis que j’ai de la chance.

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